Catégorie : La photo que l’on n’a pas faite…

Journal intime, 02 octobre 2090 :

Mes narines avaient fini par s’habituer à ce relent de plastique étamé. [En remuant la tête de gauche à droite, un rictus aux lèvres démontrant une légère résignation.*] C’était comme ça, on ne pouvait rien y faire ! L’air synthétique avait réussi à ruiner les start-up les plus prometteuses du secteur. Toutes exhibaient un lendemain d’air pur, une cure d’air pour l’humanité, le seul bon air qu’elles aient réussi à produire c’est le bourdonnement de leur pseudo-bavardage scientifique : « La désionisation c’est la solution, et mon cul c’est du… ! »

Il n’y avait pas de vent… [En remuant la tête de droite à gauche, un rictus aux lèvres dévoilant une légère exaspération.] C’était comme ça, on ne pouvait rien y faire ! N’empêche cela m’a facilité la tâche. J’ai pu sauter de pierre en roche et de roc en caillou sans risquer la moindre chute. Fléchir les jambes et pousser. Je me déracinais. En deux ou trois bonds, je caressais les cimes.

Voir l’horizon ! Infini ! On m’avait prévenu quant au vide, tout le monde en parlait, j’avais lu des fascicules et même entendu des étherologues philosopher sur son omniprésence. C’était ma première sortie et le néant ne me laissait pas ébahi ! Mais l’infini, me surpris ! [Rictus aux lèvres témoignant d’une certaine incrédulité à sa propre pensée.] « Hum… » Je me parais de mes lunettes de soleil aux verres polarisés, recommandées par toutes les agences spatiales en vogue.

Je m’étais assis et j’attendais – CLIC – [En passant son pouce sur son nez, comme ce « fucking robot gangsta, number one » !] « Hah ! Voilà, une photo pour la postérité. »

Je repartais, crapahutant comme une bique, de caillou en roc et de roche en… « Merde ! » [Le regard pétrifié par… les mêmes traces de pas qu’aller ?] « Merde, c’est quoi ce putain délire ?! » En négatif, mes semelles étaient dessinées sur la poussière de cette pierre, qui me servait de corniche, le vide débordait et ses bourrelets étouffaient les flancs du petit talus, sur lequel j’étais. Le crépuscule suivait inexorablement sa chevauchée mortuaire, le miroitement des cristaux s’estompait au fur et à mesure de cette triviale cavalcade, « P’tain ! C’est quoi cette putain de merde ! ».

Mauvaise idée, je n’aurais pas dû courir et bondir. Je me suis emballé. « Putain, d’air polyester ! » [En respirant d’un souffle court et brutal]. Je suffoquais, m’étouffais, m’asphyxiais, je n’arrivais pas à reprendre air. « Putain, d’air artificiel ! ».

Hilare, j’avais fêlé ma verrière polarisée « Hahaha ! » Ma bouche était devenue un delta, dans laquelle mon chaleureux rire, à peine situé sous le centième degré Fahrenheit, côtoyait, le zéro kelvin, de cette illusion d’atmosphère…

En cette nuit du 2 octobre 2090, entre deux graviers et quelques étoiles, je suis mort.

*Les didascalies ont été rajoutées après sa mort.

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