Catégorie : Glanure

Hiver

Les salves sifflantes d’une foudre survoltée s’abattaient sur nos cimes, les coulées potelées d’une glèbe imbibée étouffaient nos bulbes et les cendres incandescentes d’un basalte ardent dévoraient nos souches, simples correspondances hasardeuses avec d’aveugles agresseurs.

Automne

Rien à voir avec cet asphalte domestiqué et ses effluves expansionnistes qui imprégnaient aussi bien l’azur que l’humus. Cette brute satinée ne laissait aucune prise à nos semences, calcinait nos houppiers dans le bouillonnement estival et ligotait nos racines nomades. Cette grise macédoine imbibait de ses composites l’embonpoint des gouttes de pluie, débordait frénétiquement dans le lit des rivières et grignotait même les océans. Cette frondaison goudronnée étrangla nos allègres et pluriels bavardages, nous empêchant de nous accommoder bon an mal an des aléas saisonniers. Ce fanatique des chaussées nous condamna à être des bêtes solitaires et raillées sur les artères bitumées.

Été

Il n’y avait aucun subterfuge face à ce magmatique macadam. Il nous a fallu agir différemment. Nous avons rongé lentement la moelle souillée du naphte congloméré, écrasé de nos troncs encore humides les pinacles de béton et leurs milles regards impassibles et enseigné la patience à nos graines pour résister à cet éther aride. Sans jamais les mystifier, ces luttes anecdotiques, éparpillées et multiformes, ont rassasié nos jeunes pousses.

Printemps

Aquarelle: Capucine / Texte: Romain

  • 2 février 2019
  • Posté par ourselves

Tout s’envenime. En pleine apnée, bêtement installés, nos yeux figés s’accrochant aux moindres détails étouffent. De nos respirations le verre se couvre d’une saloperie de pellicule laissant apparaître de ridicules pictogrammes. Ces vestiges stigmates dessinés par des doigts sales soudoient notre attention. Lancés à pleine allure, le crépuscule nous prend en chasse et nous piège de nos propres reflets. Le paysage défile, nos iris tressaillent bien incapables de s’arrimer quelque part. L’éventualité de surprendre nos regards troublés nous menace de l’asphyxie. Rien ne va. Il n’y a qu’une fuite lointaine qui puisse nous sauver des imperceptibles chatoiements de ce triple-vitrage. Elle est impossible. Nous sommes coincés entre l’instabilité environnante et la constance de nos ombres.

Argon à la con !

  • 10 septembre 2018
  • Posté par romain

« Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.

Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.

Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna.

E sono diventati così invadenti e così fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa il film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.

Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore.

Nessun travettismo spirituale. Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.

Aspetto il socialismo anche per questa ragione. Perché scaraventerà nell’immondezzaio tutte queste date che ormai non hanno più nessuna risonanza nel nostro spirito e, se ne creerà delle altre, saranno almeno le nostre, e non quelle che dobbiamo accettare senza beneficio d’inventario dai nostri sciocchissimi antenati ».

Antonio Gramsci, 1 gennaio 1916, Avanti!, edizione torinese, rubrica Sotto la Mole.

Odio il capodanno

  • 1 janvier 2018
  • Posté par ourselves

  • 6 octobre 2015
  • Posté par romain

(Al Khalil, Palestine)

  • 1 novembre 2014
  • Posté par romain

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  • 10 avril 2013
  • Posté par romain

Faîte

Faîte

  • 10 avril 2012
  • Posté par romain

Béatement installé entre ses mains une monture aquatique.
Il tenait les rênes, « au galop ! au galop ! » s’écriait-il pensant qu’un simple CLIC le ferait voyager. Son fidèle destrier, bien qu’animé par un esprit marin qui dénote toujours d’un brin de violence, aussi sympathique soit-il, posé sur son poitrail, ne pouvait que charmer le paysage avec sa belle gueule. Le canasson muet comme une carpe, lui bavard. Un joli couple.
Le moulin au loin, l’enceinte du proche.
« Oui, voilà… » s’étonnât-il intimement.
« Tout est là ! »
Composition qui mesure l’ampleur des théories les plus fécondes de la singularité gravitationnelle.
« Bien joué Calypso ! » sourit-il en coin.

Le Photographe Thaumaturge

Quelques mois plus tard, confortablement installé.
Il en ressortit une épreuve d’argent. Stupéfaction de l’alchimiste… Au fin fond de sa caboche résonnait un vieille adage : «  »Oyez ! Oyez ! Gente dame et Messire ! » Un fécond attroupement sous ses yeux.
« Merde, c’est quoi cette Histoire ! » manifesta-t-il à son assemblée vide.
Troubadour et autres hurleurs de jour ameutant la foule distribuant divertissements comme informations royales bien gentiment. Ne pouvaient que suivre la courbe du temps. « Trou de verre comme ils disent dans le jargon. » Paf ! Premier plan tombant avec impétuosité avec un grésillement impoli.
« Mesdames, Messieurs, Bonjour vous… »

Texte: Romain / Image (Calypso): Anton / Souffle éolien: Albin

Le Photographe Thaumaturge

  • 18 novembre 2010
  • Posté par ourselves

"J'ai atteint les confins de la mort ; ayant foulé du pied le seuil de Proserpine, je suis revenu porté à travers les éléments. [...] ; j'ai pu contempler, face à face, les dieux d'en haut et ceux d'en bas, et je les ai adorés de tout près."

Sous la pression de la terre humide les corps se déchirent, les lambeaux de chair alimentent la glaise.
Ce substrat par la suite servira d’amphore qui recueillera les viscères encore chaudes.
Relique intemporelle choyée avec la plus grande attention des vivants.
Quelques questions se posent autour du royaume des ombres, du pèlerinage des âmes, de la transmutation de la physicalité à l’impalpabilité. Ce jaillissement de songes chimériques nourrit les civilisations de la courbe du temps, touchant la moindre structure sociale et l’intimité la plus profonde des hommes.

Ce voyage vers l’au-delà est bien connu des dieux devenus immortels grâce à leur maîtrise de la résurrection. Eux seuls ont dompté l’empire des morts, leurs savoirs se transmettent uniquement dans le même sens des dieux vers les dieux depuis la naissance d’Isis jusqu’à aujourd’hui. Seuls quelques hommes habiles dans l’éther peuvent se permettre de naviguer entre ces deux mondes mais n’en deviennent jamais des acteurs. Le commun des mortels pense encore que (les) dieu(x) les a façonné à son (leurs) image(s) ; les rêves de perfection, d’immortalité, de contrôle allaitent encore les habitus de mère culture.

Par un geste latéral l’homme pense s’arracher à sa condition, à cet instant précis du geste une émulsion réorganise la structure de la pensée. Le plus souvent le corps en décrépitude laisse place à un spectre qui oscille jusqu’à sa pesée.
Trois corps froids s’opposent dans leur transmutation, chacun à sa manière conçoit l’après. Le noir de l’éther est pesant.
Où vont-ils ?
interrogation sustentée par les mythes. Le flottement des âmes est animé par Eole, le nuage devient une demeure douce et éternelle, à l’image d’une mère protectrice et nourricière. Le retour vers l’éden après une odyssée terrestre. La miséricorde divine est l’ultime but, une quête de la plénitude pour supplanter les labeurs terrestres.
Vision sereine des écritures sacrées.
La réalité est bien plus apocalyptique. La faucheuse répudiée vers l’horizon grâce à nos gri-gris devient en l’espace d’un instant notre dernière amante. Sa simple présence plonge les couleurs et la chaleur de la vie dans un espace noir, glacé et sans repère. Nos entrailles se pétrifient et implosent sous la pression de l’inertie.
Notre enveloppe physique en morceau laisse s’écouler un flot de mânes.
Film de l’instantané, seul document rapporté par un de ces hommes d’exception.
Hypothétique image de la transmutation des âmes.
Dans cette déchirure universelle, le chemin final est nuancé par la multiplicité culturelle qui perpétue la vie sur terre. Les lares de chaque famille ethnique vivent l’expérience de la transmutation avec leurs propres codes moraux.
Layon complexe où s’hybride l’audace et la peur de chaque esprit, créer un périple original et propre à chaque entité, qui rend hommage au sentier dégagé par la mère des mères qu’est Isis.

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pour le titre : Apulée, L’âne d’or ou les métamorphoses., XI, 23, 7

"La propriété c'est le vol" & "la paternité un devoir" & "le commerce un délit"

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