"J'ai atteint les confins de la mort ; ayant foulé du pied le seuil de Proserpine, je suis revenu porté à travers les éléments. [...] ; j'ai pu contempler, face à face, les dieux d'en haut et ceux d'en bas, et je les ai adorés de tout près."

Sous la pression de la terre humide les corps se déchirent, les lambeaux de chair alimentent la glaise.
Ce substrat par la suite servira d’amphore qui recueillera les viscères encore chaudes.
Relique intemporelle choyée avec la plus grande attention des vivants.
Quelques questions se posent autour du royaume des ombres, du pèlerinage des âmes, de la transmutation de la physicalité à l’impalpabilité. Ce jaillissement de songes chimériques nourrit les civilisations de la courbe du temps, touchant la moindre structure sociale et l’intimité la plus profonde des hommes.

Ce voyage vers l’au-delà est bien connu des dieux devenus immortels grâce à leur maîtrise de la résurrection. Eux seuls ont dompté l’empire des morts, leurs savoirs se transmettent uniquement dans le même sens des dieux vers les dieux depuis la naissance d’Isis jusqu’à aujourd’hui. Seuls quelques hommes habiles dans l’éther peuvent se permettre de naviguer entre ces deux mondes mais n’en deviennent jamais des acteurs. Le commun des mortels pense encore que (les) dieu(x) les a façonné à son (leurs) image(s) ; les rêves de perfection, d’immortalité, de contrôle allaitent encore les habitus de mère culture.

Par un geste latéral l’homme pense s’arracher à sa condition, à cet instant précis du geste une émulsion réorganise la structure de la pensée. Le plus souvent le corps en décrépitude laisse place à un spectre qui oscille jusqu’à sa pesée.
Trois corps froids s’opposent dans leur transmutation, chacun à sa manière conçoit l’après. Le noir de l’éther est pesant.
Où vont-ils ?
interrogation sustentée par les mythes. Le flottement des âmes est animé par Eole, le nuage devient une demeure douce et éternelle, à l’image d’une mère protectrice et nourricière. Le retour vers l’éden après une odyssée terrestre. La miséricorde divine est l’ultime but, une quête de la plénitude pour supplanter les labeurs terrestres.
Vision sereine des écritures sacrées.
La réalité est bien plus apocalyptique. La faucheuse répudiée vers l’horizon grâce à nos gri-gris devient en l’espace d’un instant notre dernière amante. Sa simple présence plonge les couleurs et la chaleur de la vie dans un espace noir, glacé et sans repère. Nos entrailles se pétrifient et implosent sous la pression de l’inertie.
Notre enveloppe physique en morceau laisse s’écouler un flot de mânes.
Film de l’instantané, seul document rapporté par un de ces hommes d’exception.
Hypothétique image de la transmutation des âmes.
Dans cette déchirure universelle, le chemin final est nuancé par la multiplicité culturelle qui perpétue la vie sur terre. Les lares de chaque famille ethnique vivent l’expérience de la transmutation avec leurs propres codes moraux.
Layon complexe où s’hybride l’audace et la peur de chaque esprit, créer un périple original et propre à chaque entité, qui rend hommage au sentier dégagé par la mère des mères qu’est Isis.

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pour le titre : Apulée, L’âne d’or ou les métamorphoses., XI, 23, 7

“J’ai atteint les confins de la mort ; ayant foulé du pied le seuil de Proserpine, je suis revenu porté à travers les éléments. [...] ; j’ai pu contempler, face à face, les dieux d’en haut et ceux d’en bas, et je les ai adorés de tout près.”

  • 21 octobre 2008
  • Posté par romain

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