Journal intime, 02 octobre 2056 :

Nous sommes partis sans prévenir personne [une légère brume s’est installée sur ses yeux épuisés qui ne pouvaient décrocher de cet objet céleste qui ne cessait, au loin, de se rétrécir*]. J’ai suivi le mouvant, trop fatigué par notre excursion pour stopper son impulsivité. Depuis, je n’osais plus lui parler. Qu’y avait-il ? Que s’était-il passé ? Qu’avait-elle vu ? Pourquoi sommes-nous partis si vite ? [sa tête balayait de gauche à droite l’air polyester qui s’épanouissait dans l’habitacle] Tant de mystères pour une si petite planète. Tant de choses étranges…

Quelle étrange planète. Quelle étrange histoire. Les premières fois que j’en ai entendu parler, c’était dans l’une des centaines de milliers de stations-service qui peuplaient la chevelure de Capucine [l’auteur préfère ce prénom à celui de Bérénice]. J’y travaillais. Dans l’ombre des voyageurs, j’écoutais leur histoire et remplissais leur vaisseau de jus de fission. [le sourire d’un candide adolescent commençait à dessiner ses lèvres] « là-bas, les gaz sont aussi compacts qu’une pierre, impossible d’y pénétrer » ; « impossible d’y aller, aucun point de repère, rien n’existe, la lumière n’est qu’ombre » ; « n’y pensez même pas, rien ne s’y accroche, tout y est disloqué même le moindre atome ne peut résister à la gravité négative qui y règne en maître absolu » [il se mit à rigoler tout seul en écrivant ces lignes] ; d’errer, leurs mots ont cessé aujourd’hui, tant d’approximation, de fantaisie… À l’époque je n’étais sûr que d’une chose, de sa couleur, verte ! Tant d’a.l. parcourus pour confirmer cette certitude.

Il y avait cette rivière contrainte par une glaise ferme. Comment avait-elle pu s’y frayer un chemin ? Est-ce grâce à cette vaporeuse et acide atmosphère qui corrodait la roche ? Ou à ces mascarets qui enjambaient avec rage et sans relâche la courbe des montagnes ? Impossible de savoir. Par moment, dans un recoin, prise dans les alluvions réfractaires l’eau dénudée de tout remous laissait voir sa fine peau d’huile. Nous avons parcourus des rivages de bas en haut et d’amont en aval, ce même phénomène en tout point, nos observations sont catégoriques, le fleuve devient ru [concentré, il tapa de son poing gauche sa console]. Ce ne sont pas les affluents qui alimentent les mers, mais bien les océans qui se déversent dans les rivières. Toutes les dix heures environ [il regarda sa montre], les rives étaient à la fois inondées ou asséchées, les marées rythmaient le tohu-bohu des sources et la plénitude des embouchures. Les berges y étaient orangées, rosées, ocrées et rouillées. Nous étions troublés par le goût de cette eau tourbée, plus nous gagnons en altitude et plus la salinité croissait. La roche des combes y était rongée par la salaison du courant, à l’inverse, la vase était encore molle et fleurissaient dans les plaines. Les bulbes gorgés de sel étaient aussi dur qu’un caillou, l’iode transpirait lorsque nous cuisions les fourrages et les feuillages. Pendant deux jours nous avons seulement grignoté quelques végétaux. Nous avons évité les quelques champignons à l’odeur savoureuse que nous avions croisé [son ventre gargouilla]. Il n’y avait ni oiseau, ni poisson, il n’y avait qu’une flore muette.

Pourquoi sommes-nous venus ? Que cherchait-elle ? Et moi, qu’ai-je trouvé ? [vu les rictus de son visage, la profondeur dans son regard, il sembla avoir envie d’écrire « la poésie de la vie »] Rien… rien que ce silence rhizomique, rien qu’une forêt aussi luxuriante que l’inexistence des frontières, rien que des racines assoiffées par cette solution aqueuse, rien que ces tumultueux filets d’eau qui avaient résisté à l’alcoolisme des tubercules et qui disparaissaient dans les méandres des cavités, rien que des roches qui par endroit perçaient la mésosphère d’un puissant coup de sommet… je n’avais ni crayon, ni argile, ni peinture, seulement un vieil appareil photo – CLIC – pour immortaliser ce trou béant dans la salure de l’écorce planétaire [les tensions de son corps ont disparu au moment où il appuya sur le déclencheur]. Entouré d’une flore foisonnante, aux verts exubérants, ce puits au noir profond, qu’une lampe de poche ne pouvait guère enflammer, laissait apparaître une fine trombe d’eau mourir dans le néant. Qu’a-t-elle vu dans les entrailles de cette planète assoiffée ?

*Les didascalies ont été rajoutées après sa mort.

La planète assoiffée

  • 2 octobre 2019
  • Posté par romain

**Constellations**

  • 9 juillet 2019
  • Posté par Anton

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Le pays sage

  • 29 juin 2019
  • Posté par Anton

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Cour/cours

  • 27 juin 2019
  • Posté par Anton

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Chauve devant

  • 3 juin 2019
  • Posté par Anton

Hiver

Les salves sifflantes d’une foudre survoltée s’abattaient sur nos cimes, les coulées potelées d’une glèbe imbibée étouffaient nos bulbes et les cendres incandescentes d’un basalte ardent dévoraient nos souches, simples correspondances hasardeuses avec d’aveugles agresseurs.

Automne

Rien à voir avec cet asphalte domestiqué et ses effluves expansionnistes qui imprégnaient aussi bien l’azur que l’humus. Cette brute satinée ne laissait aucune prise à nos semences, calcinait nos houppiers dans le bouillonnement estival et ligotait nos racines nomades. Cette grise macédoine imbibait de ses composites l’embonpoint des gouttes de pluie, débordait frénétiquement dans le lit des rivières et grignotait même les océans. Cette frondaison goudronnée étrangla nos allègres et pluriels bavardages, nous empêchant de nous accommoder bon an mal an des aléas saisonniers. Ce fanatique des chaussées nous condamna à être des bêtes solitaires et raillées sur les artères bitumées.

Été

Il n’y avait aucun subterfuge face à ce magmatique macadam. Il nous a fallu agir différemment. Nous avons rongé lentement la moelle souillée du naphte congloméré, écrasé de nos troncs encore humides les pinacles de béton et leurs milles regards impassibles et enseigné la patience à nos graines pour résister à cet éther aride. Sans jamais les mystifier, ces luttes anecdotiques, éparpillées et multiformes, ont rassasié nos jeunes pousses.

Printemps

Aquarelle: Capucine / Texte: Romain

  • 2 février 2019
  • Posté par ourselves

Tout s’envenime. En pleine apnée, bêtement installés, nos yeux figés s’accrochant aux moindres détails étouffent. De nos respirations le verre se couvre d’une saloperie de pellicule laissant apparaître de ridicules pictogrammes. Ces vestiges stigmates dessinés par des doigts sales soudoient notre attention. Lancés à pleine allure, le crépuscule nous prend en chasse et nous piège de nos propres reflets. Le paysage défile, nos iris tressaillent bien incapables de s’arrimer quelque part. L’éventualité de surprendre nos regards troublés nous menace de l’asphyxie. Rien ne va. Il n’y a qu’une fuite lointaine qui puisse nous sauver des imperceptibles chatoiements de ce triple-vitrage. Elle est impossible. Nous sommes coincés entre l’instabilité environnante et la constance de nos ombres.

Argon à la con !

  • 10 septembre 2018
  • Posté par romain

LET IT GO

LET IT GO

  • 15 février 2018
  • Posté par ourselves

Dubliners

Dubliners

  • 13 janvier 2018
  • Posté par ourselves

« Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.

Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.

Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna.

E sono diventati così invadenti e così fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa il film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.

Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore.

Nessun travettismo spirituale. Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.

Aspetto il socialismo anche per questa ragione. Perché scaraventerà nell’immondezzaio tutte queste date che ormai non hanno più nessuna risonanza nel nostro spirito e, se ne creerà delle altre, saranno almeno le nostre, e non quelle che dobbiamo accettare senza beneficio d’inventario dai nostri sciocchissimi antenati ».

Antonio Gramsci, 1 gennaio 1916, Avanti!, edizione torinese, rubrica Sotto la Mole.

Odio il capodanno

  • 1 janvier 2018
  • Posté par ourselves

"La propriété c'est le vol" & "la paternité un devoir" & "le commerce un délit"

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